Exposition

L’art en exil - Hàm Nghi, Prince d'Annam (1871-1944)

Du 19 mars au 26 juin 2022. Cette exposition porte sur la vie et la production artistique de Hàm Nghi (1871-1944), empereur d’Annam (Vietnam) exilé par les Français en Algérie à 18 ans. Il n’est jamais retourné dans son pays.

Hàm Nghi (1871-1944), Sans titre, Algérie, vers 1916, huile sur toile, 54 x 65 cm. Collection particulière.Hàm Nghi (1871-1944), Sans titre, Algérie, vers 1916, huile sur toile, 54 x 65 centimètres. Collection particulière.© A.D.

Conditions d’accès selon la réglementation sanitaire en vigueur

Anonyme, Hàm Nghi dans son atelier, Algérie, 1935, photographie. Fonds Capek - Image en taille réelle, .JPG 1,02Mo (fenêtre modale)Anonyme, Hàm Nghi dans son atelier, Algérie, 1935, photographie. Fonds Capek© Archives nationales d’outre-mer

Ces travaux (…) font pour ainsi dire partie intégrante de ma vie ; je lis sur mes tableaux : la vicissitude de mes tristes pensées, ma joie et leurs mille nuances, et je repasse un à un tous les plis de mon coeur, et c’est pour moi une source où je puise : et encouragements, et consolations.

Brouillon de lettre de Hàm Nghi, Prince d'Annam (1871-1944) à Monsieur de Gondrecourt, 1er janvier 1897. Fonds Hàm Nghi BHN 4.14.

Présentation de l'exposition

Hàm Nghi (1871-1944), Sans titre, Algérie, 9 novembre 1899, huile sur toile, 35 x 46 cm. Collection particulière. - Image en taille réelle, .JPG 353Ko (fenêtre modale)Hàm Nghi (1871-1944), Sans titre, Algérie, 9 novembre 1899, huile sur toile, 35 x 46 centimètres. Collection particulière.© A.D.

Le musée départemental des arts asiatiques à Nice présente du 19 mars au 26 juin 2022 une exposition inédite sur Hàm Nghi (1871-1944), le "Prince d’Annam", premier artiste vietnamien formé par des peintres et sculpteurs français. Destitué de son titre d’empereur et contraint à l’exil à Alger l’année de ses dix-huit ans, Hàm Nghi y mena toute sa vie une intense activité d'artiste. Il séjourna régulièrement en métropole, où il côtoya les milieux intellectuels et artistiques.

Son œuvre fut fortement influencée par l’impressionnisme, le postimpressionnisme, Paul Gauguin, Auguste Rodin.

Cette exposition réunit pour la première fois plus de 150 œuvres, objets et documents issus de collections privées et de musées parisiens, relatant des pages de l’histoire et de l’histoire de l’art méconnues du public français.

Elle s’appuie sur les travaux d’Amandine Dabat, commissaire de l’exposition, auteure d’une thèse de doctorat soutenue en 2015 et publiée en 2019, portant sur la vie et la production artistique de Hàm Nghi dont elle est l’arrière-arrière-petite-fille.

L'exposition en quelques chiffres

150

œuvres, objets et documents d’archives

96 ans

depuis la dernière rétrospective
de son œuvre à Paris

55

peintures, pastels, sculptures, dessins

55 ans

d’exil politique et de création artistique

16

prêts de grands musées parisiens
(dont une première collaboration avec le musée Rodin)

3 ans

depuis la parution d’une thèse
sur Hàm Nghi

L’exposition et son catalogue permettent ainsi de découvrir la vie et l’œuvre d’un homme longtemps oublié, aussi bien dans les annales de l’histoire que dans les manuels d’histoire de l’art, généralement peu disposés à accorder une place à une pratique amateur, toute maîtrisée soit-elle. Ses œuvres, transmises et conservées par ses proches et parents pendant plusieurs générations, n’ont gagné que dernièrement les collections muséales. C’est pourtant dans cette pratique sincère et constante que Hàm Nghi a su trouver un espace de liberté et se construire une nouvelle vie, au cours de son demi-siècle d’exil.

Hàm Nghi et l'exil

L'Indochine de Hàm Nghi, de la résistance à l'exil (1871-1889)

L’empereur Hàm Nghi, né Nguyễn Phúc Ưng Lịch en 1871, monte sur le trône le 2 août 1884 à l’âge de treize ans, au moment où le royaume d’Annam traverse une crise à la fois dynastique et politique. Son oncle, l’empereur Tự Đức (1829-1883, r. 1847-1883), sans descendance, avait adopté plusieurs héritiers pour lui succéder, dont deux frères aînés de Hàm Nghi. 

Lire la suite du texte "L'indochine de Hàm Nghi"

La cour est alors divisée entre un parti favorable à la présence française et un parti de la résistance, auquel sont rattachés les régents Nguyễn Văn Tường et Tôn Thất Thuyết et la plupart des lettrés. Les Français, qui ont colonisé le sud de la péninsule avec l’annexion, de 1858 à 1867, du Cambodge et de la Cochinchine, reprennent leur expansion à partir de 1882 : le Tonkin au nord et l’Annam au centre du pays sont placés sous protectorat, dont les conditions sont établies par le traité de Huế signé le 23 août 1883.

En août 1884, après le règne éphémère et la mort de trois successeurs désignés, les régents portent leur choix sur Hàm Nghi, bien qu’il ne soit pas prince héritier, probablement parce qu’il est plus jeune et plus docile que son frère Ưng Kỷ (futur empereur Đồng Khánh). La nuit du 4 au 5 juillet 1885, le régent Tôn Thất Thuyết, ministre de la Guerre, provoque une bataille pour expulser de l’enceinte de la citadelle de Huế la Légation française qui s’y est installée. Au petit matin, les Français prennent le dessus, contraignant la cour à prendre la fuite. Le régent déclare la création d’un mouvement patriote, le Cần Vương (« Aider le Roi »), et emmène l’empereur Hàm Nghi dans les montagnes de l’Annam, où l’armée française le pourchasse en vain pendant trois ans.

Il est finalement livré le 29 octobre 1888 par l’ancien chef de sa garde. Les autorités françaises décident de l’exiler, espérant mettre fin à la lutte anticoloniale dont il est le porte-drapeau. Le département français d’Alger est préféré à la métropole, pour éviter que l’opinion publique ne se saisisse de l’histoire de ce jeune empereur pour critiquer la politique coloniale du gouvernement.

La vie à Alger : peindre l'Algérie et la France

Hàm Nghi (1871-1944), Falaises de Port-Blanc (St-Lunaire), France, 1912, huile sur toile, 50 x 61 cm. Collection particulière - Image en taille réelle, .JPG 466Ko (fenêtre modale)Hàm Nghi (1871-1944), Falaises de Port-Blanc (St-Lunaire), France, 1912, huile sur toile, 50 x 61 centimètres. Collection particulière© A.D.

À partir du printemps 1904, Hàm Nghi utilise les gammes de teintes saturées de Paul Gauguin (1848-1903), proches les unes des autres sur le disque chromatique. Il s’inspire de la touche et des aplats du maître, dont il découvre l’œuvre lors du Salon d’Automne de 1903. Mais c’est à travers le vocabulaire de l’impressionnisme qu’il exprime le mieux sa fascination pour les effets de lumière.

Lire la suite du texte "La vie à Alger"

Il emprunte à Claude Monet (1840-1926) le travail en paires et en séries, afin d’étudier les variations lumineuses sur un même paysage, qu’il imprime sur la toile par une touche fracturée. L’été, lorsqu’il se rend en France, Hàm Nghi emporte avec lui son matériel et peint les paysages français avec la même touche qu’en Algérie. Des différents mouvements artistiques antérieurs auxquels il s’est intéressé, il ne s’est inspiré que des techniques picturales, laissant notamment de côté les sujets politiques ou sociaux chers aux peintres français.

Peu de temps après son mariage en 1904 avec Marcelle Laloë , fille du président du tribunal d’Alger, Hàm Nghi acquiert à crédit un terrain sur la commune d’El Biar où il fait construire une maison néo-mauresque. La villa Gia Long est pourvue d’un immense atelier où il peut travailler à son aise. Son quotidien est dès lors rythmé par la vie familiale, avec ses trois enfants, son activité de peintre, qu’il a pratiquée toute sa vie, la fabrication plus occasionnelle de meubles, et la pratique de la sculpture, qui s’est intensifiée avec les années, jusqu’à devenir prépondérante.

Reconnu en tant qu’artiste par son cercle d’intimes, Hàm Nghi ne recherche pourtant pas la reconnaissance publique. Très éloigné de la figure de l’artiste en quête de renom et de bonne fortune critique, il se montre peu soucieux de signer et de dater ses œuvres, ou de les inscrire dans une évolution stylistique linéaire, alternant constamment les techniques impressionnistes, pointillistes et Nabis.

Les premières années d'exil (1889-1903)

Hàm Nghi (1871-1944), Autoportrait, Algérie, 24 juillet 1896, mine de plomb sur papier, 54,5 x 43,5 cm. - Image en taille réelle, .JPG 495Ko (fenêtre modale)Hàm Nghi (1871-1944), Autoportrait, Algérie, 24 juillet 1896, mine de plomb sur papier,
54,5 x 43,5 centimètres. Collection particulière.
© A.D.

Le jeune Hàm Nghi débarque à Alger le 13 janvier 1889, affaibli par les fièvres du paludisme. Installé dans une villa sur les hauteurs de la ville à El Biar, placé sous la garde d’un officier, celui qu’on nomme désormais "Prince d’Annam" est un pion sur l’échiquier politique de l’Indochine. 

Lire la suite du texte "Premières années d'exil"

Il se voit dispenser des cours de français, de dessin et de peinture, dans l’objectif de le rendre pro-français, pour le cas où il serait amené à être réinvesti sur le trône d’Annam. Il reçoit une pension prélevée sur le budget général de l’Indochine. Comme les autorités françaises persistent à voir en lui le chef de la résistance anticoloniale, son courrier est surveillé et toute communication avec l’Indochine lui est interdite.

Il fréquente la haute société française d’Alger et les jeunes Vietnamiens originaires de Cochinchine scolarisés au lycée de la ville, puis parvient peu à peu à faire circuler des lettres, dans lesquelles il ne manifeste aucune velléité politique, et à recevoir
des denrées et des objets d’Indochine. Sa correspondance témoigne de sa difficulté à communiquer en français tout au long de sa vie. Il oublia peu à peu les caractères chinois, et ne maîtrisait pas l’écriture romanisée (quốc ngữ) qui devint officielle au Vietnam dans le premier quart du XXe siècle.

Prisonnier politique, limité dans ses déplacements que la presse relate, il trouve dans l’art son espace de liberté, réservé à sa sphère intime, personnelle. Il devient l’élève de Marius Reynaud (1860-1935), peintre orientaliste français, né à Marseille et installé en Algérie depuis près de dix ans, qui lui enseigne la peinture académique en atelier (portraits, études de nus et natures mortes) et l’emmène peindre sur le motif dans les environs d’Alger.

Hàm Nghi et le milieu artistique français

À Alger, Hàm Nghi fréquente le peintre orientaliste Georges Rochegrosse (1859-1938), ainsi que le sculpteur Léon Fourquet (1841-1939). Au fur et à mesure de ses voyages parisiens, il noue des relations avec des artistes et intellectuels de son époque.

En 1899, Hàm Nghi rencontre Auguste Rodin (1840-1917). Tous les deux ans, au cours de l’été, il travaille dans l’atelier parisien du maître, rue de l’Université. Il y est initié aux opérations du moulage, de la fonte, des patines, du grandissement. Les deux hommes entretiennent une correspondance entre 1899 et 1910.

En 1900, la femme de lettres, peintre et sculptrice Judith Gautier (1845-1917), fille aînée de Théophile Gautier, rencontre Hàm Nghi. 

Lire la suite du texte "Milieu artistique français"

Elle lui voue un amour profond, qui se meut bientôt en une amitié indéfectible et une émulation artistique réciproque.
Invité chez elle à Dinard à plusieurs reprises, le « Prince d’Annam » peint des marines ; elle lui dédie de nombreux poèmes et acrostiches. Leur correspondance témoigne de leurs échanges artistiques et littéraires. Judith Gautier, sinologue avertie, a constitué pour Hàm Nghi un pont vers l’Orient.

En juin 1904, Hàm Nghi expose une dizaine de pastels secs dans la rotonde du musée Guimet à Paris. Paysagiste fasciné par la beauté de la nature et les effets de lumière, il exprime par ce médium pictural, découvert au printemps de cette même année, ses recherches impressionnistes. Du 15 au 27 novembre 1926, une rétrospective de ses pastels, peintures et sculptures lui est consacrée à la Galerie Mantelet – Colette Weil à Paris. Bien que son œuvre ne contienne aucun élément asiatique évident, Hàm Nghi reste un Oriental aux yeux des Français, par son nom, son physique et sa mise. Ses expositions furent bien reçues par la presse de l’époque, mais son exil à Alger constitua, dans une certaine mesure, un frein à sa reconnaissance.

Programmation culturelle

Visites

Visites guidées

Tarifs : 5 euros / 2,5 euros
Réservation sur le site du musée

  • Samedi 26 mars à 15 heures 30
  • Dimanche 27 à 15 heures 30
  • Samedi 2 avril à 11 heures
  • Dimanche 10 avril à 15 heures 30
  • Samedi 16 avril à 15 heures 30
  • Samedi 23 avril à 15 heures 30
  • Samedi 30 avril à 11 heures
  • Dimanche 15 mai à 15 heures 30
  • Samedi 21 mai à 15 heures 30
  • Samedi 28 mai à 11 heures
  • Samedi 4 juin à 15 heures 30
  • Samedi 18 juin à 15 heures 30
  • Samedi 25 juin à 11 heures

Ateliers

Atelier créatif « paysage au pastel »

Fasciné par la beauté de la nature et les effets de lumière, Hàm Nghi pratiqua différentes techniques artistiques pour représenter des scènes de paysages. Cet atelier vous propose de vous initier au pastel afin de réaliser à votre tour le paysage de votre choix.

Tarifs : 10 euros / 5 euros

Réservation sur le site du musée

  • Dimanche 10 avril à 10 heures 30
  • Samedi 28 mai de à 14 heures 30
  • Samedi 25 juin à 14 heures 30

Événements

  • Carte blanche au Conservatoire de Nice
    Samedi 2 avril à 15 heures
    Le musée des arts asiatiques accueille les élèves du Conservatoire à l’occasion d’une carte blanche.
    Gratuit | Réservation sur le site du musée

  • Projection-mapping dans le cadre de la « Nuit des musées »
    Samedi 14 mai à partir de 20 heures
    En écho à l’exposition, une collecte de témoignages a été menée auprès des différentes générations de la communauté vietnamienne de la région. Leurs histoires et leurs visages vous seront dévoilés lors de cette projection exceptionnelle sur la façade du musée.
    Gratuit | Accès libre

Conférences

  • Conférence « Le Prince d'Annam (1871-1944) : empereur exilé et premier artiste moderne vietnamien », par Amandine Dabat,  commissaire de l’exposition
    Samedi 30 avril à 17 heures
    La politique coloniale de la France en Indochine est à l'origine du premier artiste moderne vietnamien, en la personne de Hàm Nghi (1871-1944), dit « Prince d’Annam ». Cet empereur vietnamien a été exilé en 1889 en Algérie française à l'âge de dix-huit ans, où il est devenu artiste peintre et sculpteur. Intégré dans la société française, il fut notamment formé par le peintre orientaliste Marius Reynaud et côtoya de nombreux artistes de son époque. Cette conférence exposera comment un ancien empereur vietnamien, exilé toute sa vie à Alger, s’est approprié l’art français pour créer une œuvre moderne, celle du premier artiste vietnamien connu.
    Gratuit | Réservation sur le site du musée

  • Conférence « Une histoire des migrations vietnamiennes » par Liêm-Khê Luguern, docteure en histoire
    Samedi 21 mai à 17 heures
    Parmi les Asiatiques de France, les Vietnamiens se démarquent par une présence déjà ancienne, en raison du passé colonial qui a lié la péninsule indochinoise à la France pendant près d’un siècle. Cette conférence présente l’histoire de cette immigration qui, au cours du XXe siècle, a rarement fait parler d'elle, et qui regroupe aujourd'hui environ 200 000 personnes. 
    Gratuit Réservation sur le site du musée

  • Conférence « Hué au temps de l’empereur Hàm Nghi : le temps des mutations », par Pierre Baptiste, conservateur du patrimoine au Musée national des arts asiatiques – Guimet
    Samedi 28 mai à 15 heures 30
    De l’été 1884 à celui de l’année suivante, le court règne de l’empereur Hàm Nghi à Hué marque une rupture dans l’histoire du Vietnam et de ses relations complexes avec la France. L’objet de cette conférence est d’évoquer l’architecture et l’urbanisme d’une ville exceptionnelle, conçus en un temps où la Chine constituait le modèle de référence des premiers souverains Nguyên (1802-1945), avant que les drames dont le Vietnam allait être la victime entre 1944 et 1975 ne fassent disparaître nombre de ces monuments.
    Gratuit Réservation sur le site du musée

Rencontre ciné

Conférence sur le cinéma vietnamien par Vincent Jourdan
Samedi 9 avril à 15 heures 30

Cette conférence propose un panorama du cinéma vietnamien depuis la première production « Kim Vân Kiêu » réalisée en 1924 et adaptée d’un poème vietnamien du XIXe siècle jusqu’aux cinéastes contemporains en passant par le cinéma d’animation et les films de propagande.

Gratuit Réservation sur le site du musée